Vies des Saints
nos modèles et nos protecteurs

Bouquet spirituel:

17 janvier

Notre-Dame de Pontmain, ODM pinxit
Notre-Dame de Pontmain

Notre-Dame d'Espérance
de Pontmain
France, 1871

Commencée en juillet 1870, la guerre franco-allemande accumule les ruines et sème la désolation en France. Les défaites se succèdent à une vitesse vertigineuse, puis arrive l’ordre de levée en masse des hommes valides de 40 ans et moins.

Cet appel touche trente-huit hommes et jeunes gens de la paroisse de Pontmain, située à l’extrémité nord-ouest du département de la Mayenne, à la limite de la Bretagne et de la Normandie. L’inlassable curé Guérin prépare les partants par la confession, les communie à la messe du départ et les consacre à la Vierge. «Elle vous protégera et vous reviendrez tous», leur dit-il. Et il en fut ainsi. Après le départ des conscrits, le saint Pasteur demande à ses paroissiens de ne faire qu’un cœur et qu’une âme, de vivre dans la paix et de faire monter vers le Ciel une prière incessante. Dès lors, chaque matin à la messe, l’église était presque aussi remplie que le dimanche. Le Saint-Sacrifice était suivi de prières spéciales pour les soldats et pour la France.

Le dimanche, après les Vêpres, quatre bougies étaient allumées par M. Guérin devant l’image de Marie Immaculée, puis il faisait réciter le chapelet et le chant: Mère de l’Espérance, dont le nom est si doux, protégez notre France, priez, priez pour nous!

Cependant les désastres se multiplient. La terreur règne partout. Le soir du 17 janvier 1871, l’envahisseur campait à 50 km de Pontmain. Au fond d’une pauvre grange, deux garçons de douze et dix ans, Eugène et Joseph Barbedette, pilent des ajoncs avec leur père. Tout à coup, la porte de la grange s’ouvre. Entre une femme, Jeannette Détais, qui apporte au père Barbedette des nouvelles de son fils aîné, l’un des conscrits du village. Eugène en profite pour aller voir le temps qu’il fait dehors. Mais il s’arrête stupéfait sur le seuil de la grange. Devant lui, dans les airs, au-dessus d’une maison, se tient une belle grande Dame. Sa robe bleue sans ceinture est parsemée d’étoiles. Sur Sa tête, une couronne d’or partagée par un liseré rouge; au front, un voile noir qui retombe sur les épaules. Eugène reste là, interdit, contemplant cette Dame toute jeune, toute belle, et qui sourit. Durant un quart d’heure, il reste perdu dans sa contemplation, jusqu’au moment où Jeannette Détais ayant «donné le bonsoir» au père Barbedette et à Joseph, sort de la grange.

Eugène l’arrête au passage et lui dit:
— Jeannette, regardez donc sur la maison d’Augustin Guidecoq, si vous ne voyez rien?
— Mon pauvre Eugène, répondit-elle après avoir regardé, je ne vois rien du tout.
Attirés par cette conversation, le père et Joseph sortent de la grange.
— Oh! oui, oui, dit Joseph, je vois une belle grande Dame.
Autour d’eux bientôt la famille s’assemble étonnée.
— C’est peut-être bien la Sainte Vierge qui vous apparaît, devine la mère des enfants.

On eut l’idée de faire venir les deux religieuses enseignantes qui faisaient l’école aux enfants du village. Elles accourent, amenant avec elles deux petites filles de onze et neuf ans: Françoise Richer et Jeanne-Marie Lebossé. Il fait noir, les petites filles ont peur, mais on leur dit que la mère Barbedette a quelque chose de beau à leur montrer. Elles sont d’ailleurs à peine sorties qu’ensemble elles s’écrient:
— Oh! sur la maison là-bas, qu’est-ce que je vois?
Et quand elles sont devant la grange:
— C’est une Dame, une belle Dame! Elle a une robe bleue, avec des étoiles...

Puis, les quatre enfants vont désormais, aux soixante assistants accourus, décrire sans se consulter, ensemble, sans une contradiction ni une hésitation, toutes les phases de l’Apparition, qui durera environ trois heures.

Après l’arrivée du bon curé de Pontmain, qu’on est allé prévenir, la Dame Se met à grandir et les étoiles de la robe se multiplient. Les assistants, à genoux dans l’entrée de la grange, prient ensemble le chapelet; les voyants se tiennent debout devant la grange.

Le chapelet terminé, tandis qu’on entonne le Magnificat, une banderole apparaît sur laquelle s’inscrivent peu à peu les lettres d’or: Mais priez Mes enfants. Suit le chant des litanies de la Sainte Vierge. «Il faut, dit alors M. le curé, prier la Sainte Vierge de manifester Sa volonté.» Et une banderole se dessine avec les mots: Dieu vous exaucera en peu de temps *, terminé par un gros point semblable à un soleil d’or.

Vient ensuite le chant grégorien Inviolata. Aux paroles: O Mater Alma Christi Carissima, se formèrent les mots: Mon Fils... La phrase se termina très lentement durant le chant du Salve Regina, pour lire, souligné d’un gros trait d’or: Mon Fils Se laisse toucher.

Le cantique traditionnel à Pontmain, Mère de l’Espérance, est chanté. Alors, la Sainte Vierge, souriant plus que jamais, élève les mains à la hauteur des épaules et montre la petite croix rouge qu’Elle porte sur le cœur.

Arrivé au cantique suivant, Mon doux Jésus, enfin voici le temps de pardonner à nos cœurs pénitents, coupé du Parce Domine, Marie semble tomber en langueur. Un crucifix rouge se forme qu’Elle saisit de la main. Le crucifix est surmonté d’une traverse blanche portant en lettres de sang: Jésus-Christ. L’immense tristesse de Marie a gagné la foule. Une étoile se met en mouvement et vient allumer les quatre bougies qui se trouvent autour de la Vierge qui a les yeux baissés.

M. le curé fait chanter l’hymne, Ave Maris Stella. Le crucifix disparaît. Deux petites croix blanches se sont comme plantées sur les épaules de Marie. Le Curé invite à faire la prière du soir. Alors, s’élevant peu à peu, un grand voile blanc couvrit l’Apparition, et tout disparut quand s’acheva la prière. Il était près de neuf heures du soir. Dès le lendemain, contre toute attente, les Prussiens battaient en retraite. Dix jours plus tard, la guerre était finie. Notre-Dame de Pontmain était venue au secours de la France.

La nouvelle de l’Apparition se répandit bientôt dans tout le diocèse et dans toute la France. Les pèlerins accoururent en foule: nombreuses furent les grâces accordées.

Après s’être tenu quelque temps sur une prudente réserve, Mgr Wicart, évêque de Laval, fit procéder à une enquête préliminaire. Ce ne fut qu’après l’examen le plus rigoureux que, le 2 février 1872, considérant que l’Apparition ne pouvait être attribuée ni à la fraude ou à l’imposture, ni à une illusion d’optique ou à une hallucination, et qu’un tel prodige portait le caractère d’un fait de l’ordre surnaturel et divin, Mgr Wicart jugea par mandement que l’Immaculée Vierge Marie, Mère de Dieu, avait réellement apparu le 17 janvier 1871.

Rome autorisa l’érection de l’Archiconfrérie de Notre-Dame d’Espérance de Pontmain, et permit au diocèse de Laval de faire le 17 janvier, en commémoration de l’Apparition, l’office de l’Immaculée Conception. Aujourd’hui le pèlerin peut contempler à Pontmain une magnifique basilique de style gothique, érigée en l’honneur de la Vierge Marie, pour La remercier de S’être miséricordieusement manifestée à Ses pauvres enfants de la terre.

Revue Magnificat mai 2001, p. 105-106, disponible aux Éditions Magnificat.